Sur une antinomie du postcolonial et du décolonial Une perspective épistémologique et transdisciplinaire
Cette intervention a pour visée d’interroger les fondements théoriques et critiques qui sont au cœur de nos usages des notions de “postcolonialité” et de “décolonialité”. Lesquels usages, qui tendent à se confondre parfois, ne sont ni interchangeables ni complémentaires.
En remontant aux origines de ces notions chez des penseurs comme Homi Bhabha, Gayatri Spivak, Walter Mignolo, (ainsi que chez des fondateurs tels que Ranajit Guha, Edward Said, Frantz Fanon, Abdelkébir Khatibi et Albert Memmi), elles paraitraient même comme antinomiques, vu que la perspective d’un « au-delà de » et d’une “négociation” des différences, implicitée par la postcolonialité comme transcendance et synthèse des pouvoirs antagonistes, occulte le projet de tabula rasa de tout pouvoir de domination sur lequel est axée la décolonialité qui est fondamentalement déconstructive.
Nous tenterons de confronter dans cette voie la lecture anglosaxonne de l’ordre postcolonial et celle, latino-américaine, de la raison décoloniale qui préside aujourd’hui à nombre de situations et contextes : féminisme, histoire et littérature, entre autres.
Il sera mis en évidence que le décolonial suggère un effet durable, insidieux et caché dans les plis des discours et des pratiques. Son mouvement essentiel est entropique : sa stratégie est la dénonciation, la veille, la lutte. Alors que le postcolonial est philosophiquement néguentropique, stabilisateur et homéostatique.